Histoire de la cosmétique: de l'esthétisme à l'inconcevable

L’homme et la cosmétique sont nés en même temps. En tout temps, l’Homme a aimé orner et décorer son corps dans le but de l’embellir, montrer son appartenance à sa tribu, affirmer sa personnalité ou encore dévoiler son niveau de vie… De la peinture corporelle au tatouage en passant par la scarification, nombreuses furent les idées. Seule espèce sur Terre à modifier ainsi son corps, on peut relier ce besoin de différenciation à la notion du plaisir, importante chez l’humain. En effet, durant l’Antiquité, la cosmétique et l’hygiène sont devenues des incontournables de beauté et de bien-être. A l’image de Cléopâtre qui se baignait dans du lait d’aînesse pour se prélasser autant que pour hydrater et préserver sa peau, l’homme commence à faire le lien entre beauté et santé,  mais également séduction et apparence.

Le domaine de la cosmétique a subit de nombreuses expérimentations et modes. De naturelle à chimique, la cosmétique évolue, se trompe, exclut, génère du profit… Regardons son évolution.

 

 

Le teint et la relation au soleil

De tout temps, le culte de la blancheur a été prôné par les critères de beauté. C’est d’abord un signe de richesse du fait qu’un teint non halé signifie qu’on peut se permettre un petit somme plutôt que de travailler la terre en plein soleil. Si cet argument peut paraitre un peu pompeux, il se cache derrière une grande prudence face aux rayons du soleil. Hommes et femmes ne sortaient pas sans sari, turban, ombrelle et autres protections en tissu lorsque les rayons du soleil étaient des plus puissants. Un comportement conscient qui se conjugue avec un autre plus inconscient et qui a de plus perdurer dans le temps: l’usage de césure, ou poudre de plomb. Celle-ci a depuis toujours été utilisée  pour blanchir le teint et filtrer les UV. Incapable de filtrer ces nano-particules, la peau absorbait ces métaux lourds qui se retrouvaient dans le sang et les conséquences en étaient tragiques: cancers et maladies neurologiques auraient trouvé leur origine dans la poudre de césure. Malheureusement le lien entre maladie et césure ne sera établi qu’au XXème siècle. C’est d’ailleurs à ce moment-là que la tendance s’inverse: le teint hâlé, après des millénaires de rejet, devient à la mode! Coco Chanel, qui présente ses créations sur des mannequins au teint doré, popularise la première cette excentricité. S’en suit une période de triste folie où le soleil n’est plus utilisé que pour donner hâle et beauté aux hommes et aux femmes qui en perdent leur bon sens, leurs précautions,… et quelques épaisseurs d’épidermes brûlés et fatigués.

Ca tombe à point, pour l’Oréal et RoC qui sautent sur l’occasion en présentant leur tout nouveau produit: l’écran solaire. Visiblement, il est plus simple de s’en tartiner que de se mettre à l’ombre pendant les heures les plus chaudes. Le hasard, qui fait bien les choses, veut que les premières crèmes solaires se commercialisent en 1936, l’année des premiers congés payés… et des joies en famille sur la plage. Qu’y a-t-il dans les crèmes solaires pour repousser les rayons du soleil - rien que ça? Des filtres chimiques, composés chimiques-organiques formant un mélange de chromophores qui absorbent, dispersent et reflètent la lumière ultraviolette (comme l'oxybenzone, le butyl méthoxydibenzoylméthane, l’octyl-méthoxycinnamate, le salicylate d’octyle que la peau perméable absorbe et distribue dans le corps via le système sanguin). Jolis noms au passage! Ce n’est que vers les années 1990 qu’on remet en question cette surexposition au soleil et l’usage de la crème solaire et peu à peu des crèmes bio minérales font leur entrée.

 

 

Car en effet, les cancers liés au soleil - et aux composants des crèmes augmentent. Ainsi, la crème solaire chimique protège d’un cancer mais vous en offre un autre… Le jeu en vaut-il la chandelle?

L’adolescent boutonneux.

Avez-vous déjà observé un oiseau, un lapin, un chat avec de l’acnée? Pas de chance, nous sommes les seuls concernés!

Mais qui est donc responsable de cette malédiction? C’est elle: la bactérie Propionibacterium acnes. Cette bactérie, nous l’avons tous en liberté sur la peau. En petit nombre, elles sont inoffensives. Lorsqu’elles sont plus nombreuses, elles participent à la formation de micro-kystes qui bouchent les pores et font éclore des boutons pas très glamours…

De nombreux traitements anti-acné, dont quelques marques célèbres finalement retirées du marchés des dizaines d’années plus tard à cause de leurs effet secondaires catastrophiques, sont apparus à partir des années 1970. En addiction à cela, des crèmes teintées et autres fonds de teint sont venus camoufler ces disgrâces du visage (et garder la bactérie bien au chaud, étouffée entre la surface de la peau et le produit). 

Mais alors, comment faisaient-ils… avant??  

Nous trouvons très peu d’écrits anciens sur des protocoles de soin à appliquer en cas de boutons chez les adolescents… Etait-ce un sujet tabou? Ou est-ce seulement un phénomène décuplé récemment lié et à nos sociétés actuelles? Cela questionne. La prolifération d’une bactérie est rendue plus aisée par un manque d’hygiène, un environnement pollué et une alimentation inadéquate… Autant de facteurs qui se développent à partir du XXème siècle. En cas d’acné, il serait en fait seulement conseillé de se laver le visage à l’eau, faire des masques à l’argile, utiliser des huiles de qualité et manger beaucoup de fruits, de légumes, et autres aliments non transformés, sans sucres ajoutés, sans graisses hydrogénées.. 

L’acné, la maladie de l’ado moderne?

 

Côté hygiène…

Le poète latin Ovide, figure forte de l’Antiquité Romaine, déjà donnait de nombreux conseils en matière d’hygiène dont voici un extrait: « Propreté (du corps, des dents), et blancheur éclatante sont recommandés. Le bain obéit à un rituel bien précis ; les parfums sont consommés sans modération et parfument aussi bien l’atmosphère que l’eau du bain. Il est de bon ton de ne pas « offenser l’odorat » de son voisin. » Des recommandations qui n’ont pas voyagé et survécu jusqu’au Moyen-Age et Renaissance où les bains se raréfiait tandis que les parfums étaient utilisés à outrance en déguisement subtil d’un manque d’hygiène évident. Les odeurs corporelles ont visiblement toujours tracassé notre chère espèce. Le XXème siècle (encore lui) semble apporter (encore une fois) la solution sur un plateau: les déodorants. En vaporisateur ou roll-on, il devient l’incontournable de la salle de bain, et gagne la palme de la mixité. Cependant, depuis quelques années, décriés pour ses teneurs en aluminium ou butane, les déodorants perdent leur côte et un nouveau mouvement, plébiscité par certaines stars, apparait: le no-deo (après le no-poo, soit l’arrêt des shampooings).

Côté quenottes, Ovide a également été fortement oublié au Moyen-Age mais la blancheur est de nouveau de mise depuis le XIXème siècle. Le premier dentifrice apparait en 1896 à New-York grâce à un certain Monsieur Colgate. Ce n’est là que le début d’une grande industrie de la dentisterie qui prônera plus tard blanchiments des dents, dentiers, implants, dentifrices au fluor, appareils dentaires etc… Là aussi, avoir un beau sourire comme l’entendent nos normes sociales peut faire payer le prix fort en terme de budget mais également de santé (Sceptiques? Regardez donc la composition de votre tube de dentifrice ;) ).

Les Français commencent à se doucher quotidiennement dans les années 1970. L’émergence d’une hygiène impeccable apporte avec elle tout un tas d’emballages plastiques et ustensiles à usage unique (cotons, mouchoirs, bandes de cire, rasoirs, …). Dorénavant hygiène rime avec jetable. Osez sortir en public le mouchoir en tissu de votre grand-mère que vous remettez après usage dans votre poche… Il se peut que vous vous attiriez les foudres de la foule. Par contre, que nous soyons tout propres (voire décapés) mais que notre planète devienne toute sale ne semble choquer personne, ou pas grand monde. Ah, les humains!

 

Heureusement, les braves éco-révolutionnaires qui promulguent le « zéro déchet » commencent à gagner du terrain et les habitudes changent peu à peu au profit d’une consommation plus durable et respectueuse de soi… et de ce qui nous entoure.

 

Les animaux 

Les expériences en cosmétique n’ont malheureusement jamais épargné les animaux que ce soit pour servir de cobayes… ou d’ingrédients. Cléopâtre avait pour habitude d’utiliser des cochenilles broyées et des oeufs de fourmis écrasés afin d’obtenir la couleur rouge baiser de ses lèvres. Bien d’autres ingrédients peu appétissants ont été utilisés dans les cosmétiques au cours de l’Histoire tels que: urine, sang et foie d’animaux divers, cornes et bois pilés, limaces broyées, …

Ne faites pas les dégoutés car encore à l’heure actuelle on trouve des cosmétiques qui se vantent de contenir bave d’escargot, venin de serpents, sébum de mouton (lanoline), fiel de boeuf, caviar etc. Inutile de préciser que les animaux utilisés par la cosmétique ne reçoivent pas de bons soins…

Concernant les tests sur animaux, ils ont été interdits en France depuis 2013. Les marques qui se vantent encore de ne pas tester leurs produits sur les animaux respectent simplement un processus de fabrication normal. Toutefois, lorsqu’elles veulent exporter leurs produits dans des pays étrangers , elles sont parfois obligées de les tester sur les animaux car certains pays l’imposent… Il y a donc encore beaucoup d’hypocrisie dans le « non testé sur les animaux ».

 

La cosmétique aujourd’hui revêt un bilan contrasté. Malgré leur modernité caractérisée, le XXème et le XXIème siècle nous offrent un florilège d’idées ahurissantes et inconcevables: entre métaux lourds, substances cancérigènes, perturbateurs endocriniens, origines animales, etc… Lorsqu’elle fait espérer la jeunesse éternelle au détriment de la santé à certains, elle permet simplement un hommage à son corps et à ses sens pour d’autres qui apportent un regard différent de la cosmétique. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. Aujourd’hui, ce n’est pas la connaissance qui manque mais bel et bien le bon sens qu’il n’est pas toujours facile de garder lorsqu’on se fait titiller de parts et d’autres par la propagande des grands industriels. Votre beauté n’est pas un business et n’appartient à personne, à part à vous.

 

Camille Buisson

 

 

De nombreuses sources ont aidé cet article: carolinemaquilleuse.fr slate.fr regard-sur-les cosmétiques wikipedia newsoftomorrow la-vérité-sur-les-cosmétiques www.lady-green.com www.femininbio.com

26 rue de l'hôtel de ville

77820 Le Châtelet-en-Brie

Rejoignez-moi sur Facebook


Beauté Animée


Les images présentes sur le site ne sont pas libres de droit.

© MllePix Photography

© Camille Buisson